Une importante enfilade provenant du Château de Dampierre par Alexandre Bellangé, ébéniste

Plaquette de serrure signée et datée :
« Année 1853 – A. BELLANGÉ – Ft d’ébénisteries et bronzes de curiosités
77 rue des Marais St Martin Paris »

Réalisée pour le Duc d’Albert de Luynes pour son château de Dampierre.

H : 165 cm / L : 383 cm / P : 60 cm



Datée de 1853, cette exceptionnelle enfilade aux dimensions très importantes fut réalisée pour Honoré Théodoric d’Albert de Luynes, 8e duc de Luynes, dont le monogramme « AL » est présent sur les quatre cartouches placés au niveau de la corniche de ce meuble.
Elle provient du Château de Dampierre, château historique de la famille d’Albert de Luynes à partir de 1663.


Honoré-Théodoric-Paul-Joseph d’Albert, duc de Luynes (1802-1867), est un savant réputé, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui s’est illustré par la publication de nombreux articles sur la numismatique ou relatifs aux fouilles archéologiques qu’il mène, notamment en Italie du sud. Il est également collectionneur d’antiques (vases, pierres gravées, monnaies). Il confie la restauration de son château de Dampierre à l’architecte Félix Duban à partir de 1839 afin d’y présenter ses collections, ce qui est l’occasion également de commander un certain nombre d’œuvres d’art aux meilleurs artistes et artisans de son temps.

 

Réalisée en placage d’ébène et bronze doré, cette enfilade est un véritable chef-d’œuvre de l’ébéniste Alexandre Bellangé. Les vantaux de porte sont scandés par trois pieds-consoles dont les modillons sont garnis de fausse passementerie en bronze doré au réalisme saisissant.
Ces modillons sont surmontés de trois masques de femmes représentant l’Automne, avec grappes de raisins et vignes, et l’Été, avec épis de blé et fleurs des champs.
On retrouve ces mêmes masques de femmes sur une somptueuse paire de consoles faisant partie de la collection de Sa Majesté la reine Elizabeth II au Palais de Buckingham à Londres. Ces consoles furent réalisées en 1820 par Louis-François Bellangé, père d’Alexandre.

Louis-François Bellangé, Paire de consoles, 1820.
Collection de Sa Majesté la reine Elizabeth II, Buckingham Palace, Londres.

Détails de la console présentée ci-dessus.




Alexandre Bellangé prend la succession de son père, probablement au début de l’année 1823, alors que leur atelier d’ébénisterie de curiosité connaît un succès sans précédent, en témoigne la paire de consoles présentées ci-dessus.

Le corpus des meubles actuellement connus réalisés par Louis-François et son fils Alexandre montre une continuité stylistique. En effet, l’enfilade présentée ici reste bien dans l’esprit des créations du père, notamment par l’emploi des mêmes masques de femmes représentant les saisons.

Alexandre Bellangé participe aux Expositions Universelles de Londres en 1851 et Paris en 1855, prouvant encore une fois la notoriété de l’ébéniste à l’époque où il réalise cette enfilade.
Le Duc de Luynes, grand amateur d’art réaménageant son château de Dampierre, ne pouvait alors que s’adresser à cet atelier de renom pour cette commande particulière.

Le Château de Dampierre au XIXè siècle 

Vue extérieure du Château de Dampierre




Situé sur la commune de Dampierre-en-Yvelines en région parisienne, le château de Dampierre doit en grande partie son aspect actuel aux remaniements effectués au milieu du XIXè siècle par l’architecte Félix Duban, élève d’Eugène Viollet-le-Duc, à la demande du propriétaire des lieux le duc Honoré Théodoric d'Albert de Luynes.
Le château est construit à la fin du XVIIe siècle par Jules Hardouin-Mansart, sur les ordres du duc de Chevreuse, Charles Honoré d'Albert, gendre de Colbert, au sein d’un vaste parc dessiné par Le Nôtre.

Le duc Honoré Théodoric d'Albert de Luynes (1802-1867)


Dès 1839, le duc fait appel à l'architecte Félix Duban qui remanie l’aspect extérieur du château : les frontons du château sont avancés au-dessus des colonnes, les façades sont ornées de mascarons, des balcons en fer forgé sont posés et des portes-fenêtres sont recomposées en plein cintre au rez-de-chaussée. Le monogramme ducal y est inscrit entre des lions en bas-relief, œuvres du sculpteur Christophe Fratin.

Le Salon de Minerve au Château de Dampierre


Archéologue, numismate et collectionneur, le duc est également un important mécène du milieu du XIXè siècle. Il commande de nombreuses œuvres d’art, notamment pour son château de Dampierre. C’est ainsi que le salon de Minerve est conçu comme un véritable écrin pour ses collections. Il commande à Pierre-Charles Simart une reconstitution de la sculpture chryséléphantine de la Minerve du Parthénon. Jean Auguste Dominique Ingres, alors directeur de l’Académie de France à Rome, est appelé pour réaliser deux grandes fresques allégoriques, l’Âge d’Or et l’Âge de Fer, qui restèrent inachevées.
Le mécénat du duc visait en priorité un renouveau des arts industriels en France grâce au savoir-faire des anciens ; cette enfilade, commandée à l’ébéniste de talent qu’était Bellangé, est sans aucun doute, par ses qualités esthétiques et sa prouesse technique, un superbe exemple des arts industriels du XIXè siècle.

Lors de sa redécouverte, cette grande enfilade se trouvait sur le palier menant à la bibliothèque du château, probablement déplacée de son emplacement original au cours du XXè siècle .


La Minerve de Simart, Château de Dampierre.

La baigneuse de Vassé, Château de Dampierre.

Statue de Pénélope par Jules Cavelier
et grand escalier d'honneur, Château de Dampierre.

Statue de Louis XIII en argent par François Rude,
Château de Dampierre

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