« Tritons soufflant dans une conque », Importante paire de sculptures en bronze à patine verte de style Louis XIV de la fonderie Valsuani

Bronze à patine verte.

Hauteur : 95 cm ; Largeur: 69 cm ; Profondeur : 76 cm

Cachet du fondeur : « Cire perdue/C. Valsuani /Paris ».

Seconde moitié du XXème siècle.

Les socles en pierre sont du XIXè siècle.





Deux Tritons, les joues gonflées et le corps musculeux, soufflent dans une conque. Ces deux somptueuses sculptures ont été réalisées dans la seconde moitié du XXème siècle en bronze à patine verte d’après une étude d’Annibale Carrache pour le palais Farnèse datée de 1597-1602 et exposée au Metropolitan Museum of Art. Ils portent le cachet du fondeur : « Cire perdue/C. Valsuani /Paris ».



Annibale Carrache, Triton soufflant dans une conque,
ca. 1597–1602, craie noire sur papier,
The Metropolitan Museum of Art.




Un modèle inspiré d’une étude d’Annibale Carrache pour le palais Farnèse

Nos deux tritons ont été réalisés d’après le dessin d’Annibale Carrache « Triton soufflant dans une conque » dont on retrouve une trace à droite dans la grande fresque « Triomphe marin » exécutée sur le plafond de la galerie du palais Farnèse à Rome à partir de 1597. S’il ne s’agit pas exactement d’une retranscription exacte de l’étude, le triton en reprend la pose, mais vue sous un autre angle.

Bien qu’Annibale Carrache ait créé la plupart des figures robustes des fresques de la Galerie Farnèse - près de quatre-vingt-dix de ses dessins existent où il explore et décline différentes poses - cette fresque-là n’est pas l’œuvre de ce dernier, mais de son frère, Agostino Carracci, et il est admis qu’Annibale soit intervenu dans cette œuvre, notamment ce triton soufflant de dos dans une conque.

Agostino Carracci, Triomphe marin, 1597, Palais Farnèse, Rome.
Il est communément admis que le triton situé sur la droite de la fresque est de la main de Annibale Carrache.

Le thème de cette fresque reste encore flou mais est traditionnellement identifié comme une représentation du triomphe de Galatée. Les deux artistes semblent par ailleurs avoir conçu cette œuvre monumentale avec à l’esprit la très connue fresque de Raphaël « Le Triomphe de Galatée » réalisée en 1513 pour la Villa Farnesina à Rome.



Un modèle issu du XVIIè siècle français


L'extrême qualité de ces statues, le modelé des chairs et des muscles ainsi que le rendu minutieux des détails, les rapprochent par ailleurs de l'art versaillais du XVIIè siècle.
Actuellement conservée au Toledo Museum of Art (Ohio, USA), une statue du même modèle fut réalisée vers 1700 en plomb. Sa provenance est prestigieuse : issue de la collection parisienne de Edmond de Rothschild, cette statue fut ensuite achetée par le grand antiquaire new-yorkais Wildenstein & Co, spécialiste de peinture et de sculpture française du XVIIIè siècle. En 1973, le Triton entre dans les collections du musée de Toledo grâce à un don de Mr. et Mrs. Edward H. Alexander.
"Triton soufflant dans une conque", vers 1700, plomb, The Toledo Museum of Art, USA.
La connaissance de la statue de Toledo prouverait la préexistence d'un modèle réalisé d’après Carrache datant de la fin du XVIIè siècle et provenant très certainement des collections royales françaises. En effet, ces modèles sont résolument ancrés dans une époque qui est celle de la création des grandes sculptures et fontaines du jardin du Château de Versailles dont le premier décor en plomb fut réalisé entre 1666 et 1672.
Les tritons du Bassin du Char d'Apollon à la musculature saillante et soufflant avec puissance dans des conques y font écho. Une grande partie du premier décor en plomb des jardins de Versailles ayant disparu dès 1674, notamment les sculptures de la Grotte de Thétys, la connaissance précise de celles-ci est encore à découvrir.

Bassin du Char d'Apollon, Château de Versailles.


La tradition des décors de jardin à la Française


L'art du jardin à la Française, dont l'exemple le plus extraordinaire demeure celui du Château de Versailles, fait une large place aux jeux d'eau avec l'installation de bassins et fontaines monumentaux.
Bien que nos deux tritons ne soient pas à l’origine des pièces d’eau (ils ne sont pas percés, mais peuvent l’être), leur thème ainsi que l’existence de modèles similaires adaptés à des fontaines, comme celui exposé à Toledo, les rapprochent fondamentalement de l’art des fontaines françaises.
Créés par le maître-jardinier André Le Nôtre à la demande de Louis XIV, les jardins de Versailles sont marqués par leur spectaculaire notamment dans les jeux d'eau, les jets et les rideaux ou escaliers d'eau. Les bassins prennent des proportions considérables et sont prétexte à la réalisation de grandes sculptures, œuvres d'art de sculpteurs majeurs comme Marsy, Girardon, Guérin ou Tuby, sur des dessins du Premier Peintre du Roi, Charles Le Brun. Les Jardins du Château de Versailles vont, à la fin du XVIIè siècle, s'affirmer comme étant une référence majeure pour les grandes cours royales d'Europe qui vont à leur tour faire réaliser de majestueux jardins à la française avec fontaines et statues d'ornement.

De par leur matériau et leur style, ces Tritons se rattachent significativement à l'art des grands jardins à la française du XVIIè siècle, les jardins du Château de Versailles en étant le parangon. Deux modèles somptueux, deux sculptures de pièces d'eau anciennes qui rappellent cet art majeur du Grand Siècle de Louis XIV.



Bassin du Char d'Apollon, Château de Versailles.




La Fonderie Valsuani

La Fonderie Valsuani est une fonderie de bronze d'art française située à Chevreuse. Créée en 1899 à Châtillon par Claude Valsuani, la fonderie s'installe en 1905 au 74, la rue des Plantes à Paris. Celui-ci acquiert rapidement une certaine notoriété grâce à sa maîtrise technique et l’excellence de sa production en matière de fonte à la cire perdue. Il se fait surtout remarquer pour la beauté de ses patines, dont l’une, la plus célèbre, porte le nom de noir Valsuani.
Le cachet de la fonderie Valsuani
sur la paire de tritons.
Auguste Rodin, Le Penseur (1903), fonte Valsuani, Mexico, musée Soumaya.



A sa mort, son fils, Marcel, reprend l’affaire familiale, avant de la revendre à une société suisse. En 1980, le sculpteur Leonardo Benatov, qui y avait fait fondre ses premiers bronzes, achète le cachet Valsuani et transfère la fonderie à Chevreuse avec pour ambition de perpétuer le savoir-faire de la fonderie d’origine tout en restant à la pointe de la technologie.
Réputée pour la qualité de ces fontes à la cire perdue, la Fonderie Valsuani a travaillé auprès de nombreux artistes de renoms parmi lesquels Rodin, Bourdelle, Renoir, Picasso, Matisse, Degas, Gauguin, Pompon, Carpeaux, Daumier ou encore Dalí.




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