Importante plaque de cheminée aux armoiries de
Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau

Fin du XVIIIè siècle

Dimensions : L. 79 cm ; H. 97 cm ; P. 4 cm

Fonte de fer


Cette importante plaque de cheminée ancienne d'époque Louis XVI fut réalisée en fonte de fer. Deux licornes affrontées soutiennent un blason armorié « d'azur, à la croix pattée alésée d'argent, chargée d'un chevron de gueules, accosté de deux molettes de sable et accompagné en pointe d'une rose d'or » qui est celui de la famille Lepeletier de Saint-Fargeau.
L'identification formelle de ces armoiries comme étant celles de Louis-Michel Lepeletier, Marquis de Saint-Fargeau est permise grâce à la couronne de marquis, au mortier et au manteau de Président à mortier qui surplombent le blason armorié.

Les armes de la famille Lepeletier :« d'azur, à la croix pattée alésée d'argent, chargée d'un chevron de gueules, accosté de deux molettes de sable et accompagné en pointe d'une rose d'or »
Les ornements extérieurs du Président à mortier du Parlement : mortier (toque de velours ornée de deux galons doré) et manteau de Président à mortier (écarlate doublé d'hermine).



Louis-Michel Lepeletier, Marquis de Saint-Fargeau :


Né le 29 mai 1760 à Paris et descendant de Michel Robert Le Peletier des Forts, Compte de Saint-Fargeau (1675-1740), Ministre d'État de Louis XV en 1730, Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau est un éminent magistrat et avocat français. En 1779, âgé de 19 ans seulement, il devient membre du Parlement de Paris et est avocat à la Prison du Châtelet.
Quelques mois avant 1789 et les événements de la Révolution française, il est élu Président à mortier du Parlement, qui est l'une des charges les plus importantes de la justice française d'Ancien Régime. A partir de cette date, Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau associe donc le mortier, toque de velours noire ornée de deux galons dorés, et le manteau de Président à mortier, manteau écarlate doublé d'hermine, à ses traditionnelles armoiries familiales. On peut donc considérer sans aucun doute que la composition des armes personnelles de Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau telles que montrées sur cette plaque est postérieure à 1789.


Lors des États Généraux de mai 1789 convoqués par le roi Louis XVI, Louis-Michel Lepeletier est élu député de la noblesse de Paris. Mais, peu à peu gagné par les idées de la Révolution, il renie ses origines nobles en juillet de la même année, rejoint le Tiers État et devient un fervent défenseur de la cause du peuple.

Le 17 juin 1790, jour où est votée la suppression des titres de noblesse, il fait adopter la loi selon laquelle « aucun citoyen ne pourra porter d'autre nom que celui de sa famille réduit à sa plus simple portion ». C'est ainsi qu'il abandonne le titre de Marquis de Saint-Fargeau : il est désormais « Louis-Michel Lepeletier ».

Le Château de Saint-Fargeau et l'Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau :


A l'origine rendez-vous de chasse fortifié construit en 980 par Héribert, évêque d'Auxerre et frère d'Hugues Capet, le château de Saint-Fargeau est reconstruit dès 1453 par Antoine de Chabannes, comte de Dammartin.
Entre 1653 et 1657, Anne-Marie-Louise d'Orléans, cousine de Louis XI, demande à l'architecte du roi François Le Vau de refaire les quatre façades intérieures du château où l'on aperçoit encore le monogramme « AMLO ».
Le Château de Saint-Fargeau devient possession de la famille Lepeletier en décembre 1715, lorsque Michel-Robert Le Peletier des Forts l'achète. Ce dernier, successivement conseiller au Parlement de Paris, intendant des Finances, ministre d'État de Louis XV et membre de l'Académie des Sciences, y fera construire le Pavillon dit « Des Forts ».
Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau hérite du domaine en 1778.

Lorsqu'il réside à Paris, Louis-Michel Lepeletier habite dans l'hôtel particulier situé au 29 rue de Sévigné. Construit dès 1688, sur les plans de Pierre Bullet (1639-1716), architecte du Roi et de la Ville, pour le compte de Michel Le Peletier de Souzy (1640-1725), l'hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau fut rattaché au Musée Carnavalet en 1989.

Aujourd'hui, le Musée Carnavalet conserve une importante plaque de cheminée aux armes de Michel Le Peletier de Souzy, l'ancêtre de Louis-Michel Lepeletier, et de son épouse Madeleine Guérin des Forts. Celle-ci, portant la date de 1688, présente également deux licornes soutenant le double blason armorié.






Plaque de cheminée aux armes de Michel Le Peletier de Souzy et de son épouse Madeleine Guérin des Forts, Musée Carnavalet, Paris.
Datée de 1688, époque de construction de l'Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau.
Illustrée dans l'ouvrage de Philippe Palasi, "Plaques de cheminées héraldiques", Ed. Gourcuff Gradenigo, 2014.

Louis-Michel Lepeletier, premier Martyr de la Révolution française :


Bien que défenseur de l'abolition de la peine de mort, pour laquelle il prononce un célèbre discours devant l'Assemblée Nationale en mai 1791, il se ravise dès lors qu'il est question du sort de Louis XVI et vote pour son exécution le 20 janvier 1793.
Le soir même, il dîne chez Février (ou Ferrier), un restaurateur du Palais-Royal où est également présent Philippe Nicolas Maris de Pâris, fervent royaliste et ancien garde du corps de Louis XVI. Une altercation entre les deux hommes a lieu et Pâris transperce Lepeletier de son sabre. Mortellement blessé, Lepeletier est transporté chez son frère qui vit Place Vendôme (alors appelée Place des Piques) avant de rendre son dernier souffle quelques heures plus tard.

La récupération politique de l'événement ne tarde pas et Louis-Michel Lepeletier est traité en véritable « martyr de la Révolution ». Son corps est ainsi exposé pendant trois jours sur la Place Vendôme dans une grandiose mise en scène conçue par le peintre Jacques-Louis David avant d'être inhumé au Panthéon de Paris.

Exposition du corps et couronnement civique de Michel le Peletier, 24 janvier 1793,
sur le piédestal de la Statue de Louis XIV sur la Place Vendôme alors appelée Place des Piques.
Dessin à la plume, Musée du Louvre, Paris.

Jacques-Louis David représente le magistrat sur son lit de mort dans une grande toile intitulée « Les Derniers moments de Michel Lepeletier ». Conçu comme formant diptyque avec la toile de « La Mort de Marat » (décédé en juillet 1793), les deux toiles sont installées dans la Salle des Séances de la Convention Nationale jusqu'en 1795, date à laquelle David les récupère et les emporte à Bruxelles. Tandis que « La Mort de Marat » y est toujours conservée (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique), la toile de Michel Lepeletier est vendue par les descendants de David à sa fille, Louise Suzanne Lepeletier de Mortefontaine, royaliste convaincue.
Le tableau disparaît alors mystérieusement, détruit par Louise Suzanne ou caché dans les murs du Château de Saint-Fargeau.
L'académicien Jean d'Ormesson, descendant de Suzanne Lepeletier déclare ainsi : «La tradition familiale assure que Suzanne a dissimulé le tableau honni de David dans l'épaisseur des murs de Saint-Fargeau. On a fait venir des voyants, des sourciers, des chercheurs de tout poil : ces efforts n'ont rien donné. Au désespoir de mon père, le tableau de David a toujours gardé son secret, sans doute perdu à jamais, peut-être dans les formidables murs roses du château de Saint-Fargeau ».
« La Mort de Marat » par Jacques-Louis David, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 1793.
« Les Derniers moments de Michel Lepeletier », gravure de Tardieu d'après le tableau de Jacques-Louis David, dessin de Anatole Devosge. Le tableau est aujourd'hui disparu.

Pouvant être datée très précisément entre 1789 et 1793, cette exceptionnelle plaque de cheminée est peut-être l'unique témoin subsistant d'une histoire peu commune, celle d'un aristocrate révolutionnaire ayant renié ses origines, « premier martyr de la Révolution française » voué à la postérité grâce au talent d'un peintre de génie, Jacques-Louis David.

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