Importante plaque de cheminée aux armoiries de Louis Lepeletier de Rosanbo

Seconde moitié du XVIIIè siècle

Dimensions : L. 79 cm ; H. 97 cm ; P. 4 cm

Fonte de fer

Cette importante plaque de cheminée ancienne d’époque Louis XVI fut réalisée en fonte de fer. Deux licornes affrontées soutiennent un blason armorié « d’azur, à la croix pattée alésée d’argent, chargée d’un chevron de gueules, accosté de deux molettes de sable et accompagné en pointe d’une rose d’or » qui est celui de la famille Lepeletier.
L’identification formelle de ces armoiries comme étant celles de Louis Lepeletier, Marquis de Rosanbo est permise grâce à la couronne de marquis, au mortier et au manteau de Président à mortier qui surplombent le blason armorié.

Les armes de la famille Lepeletier :« d’azur, à la croix pattée alésée d’argent, chargée d’un chevron de gueules, accosté de deux molettes de sable et accompagné en pointe d’une rose d’or »
Les ornements extérieurs du Président à mortier du Parlement : mortier (toque de velours ornée de deux galons doré) et manteau de Président à mortier (écarlate doublé d’hermine).

Louis V Lepeletier, Marquis de Rosanbo :

Né en 1747 à Paris et descendant de Louis III Lepeletier, Marquis de Rosanbo (1690-1770), Avocat du roi Louis XIV au Châtelet en 1709 et conseiller au Parlement de Paris en 1710, président à mortier en 1712, puis premier président du Parlement de Paris de 1736 à 1743, Louis V Lepeletier de Rosanbo est un éminent magistrat français. En 1765, âgé de 18 ans seulement, il est élu Président à mortier du Parlement à Paris, l’une des charges les plus importantes de la justice française d’Ancien Régime. À partir de cette date, Louis Lepeletier de Rosanbo associe donc le mortier, la toque de velours noire ornée de deux galons dorés, et le manteau de Président à mortier, manteau écarlate doublé d’hermine, à ses traditionnelles armoiries familiales. On peut donc considérer sans aucun doute que la composition des armes personnelles de Louis Lepeletier de Rosanbo telles que montrées sur cette plaque est postérieure à 1765.

Défenseur de la monarchie et plus particulièrement de Louis XVI lors de son procès révolutionnaire, il fut guillotiné à Paris avec sa femme Antoinette de Lamoignon de Malesherbes, son beau-père Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes ainsi que leur fille Aline et son mari Jean-Batiste de Chateaubriand, frère ainé de l’écrivain, le 3 floréal an II (le 22 avril 1794).

Armes de Louis III Lepeletier

Source : Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Latin 9643 : Code théodosien (VIIe s.)

Le Château de Rosanbo et l’Hôtel de Rosanbo :

Dans la même famille depuis le XIVème siècle, le château fut le fief familial des Coskaër de Rosanbo puis des Le Peletier de Rosanbo, et a été modelé au fil des générations. Le château fortifié fut bâti au XIVe siècle sur un promontoire stratégique afin d’interdire la remontée du Bô aux envahisseurs nordiques. Au siècle suivant, un manoir gothique fut construit dans le prolongement, puis au XVIIe on ajouta un long bâtiment dans l’idée de créer une cour fermée – chose faite avec la dernière construction à la fin du XIXème siècle. Entre-temps au cours du XVIIIème, l’architecte Joubert créa de grandes fenêtres et des toits à la Mansart. Le fils de Louis V Lepeletier et Antoinette de Lamoignon de Malesherbes, Louis VI Lepeletier de Rosanbo, rescapé de la guillotine du fait de son jeune âge, ne revint jamais au château de Rosanbo. Se sont ses descendants qui s’y installèrent et y vivent encore.

Lorsqu’il réside à Paris, Louis Lepeletier habite dans l’hôtel particulier situé au 62-64 rue René-Boulanger à Paris, construit en 1780, sur les plans de l’architecte Nicolas-Claude Girardin(1749 – 1786), pour le marquis de Rosanbo.

Cet hôtel est cité dans les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand.

Plaque de cheminée aux armes de Michel Le Peletier de Souzy et de son épouse Madeleine Guérin des Forts, Musée Carnavalet, Paris.
Datée de 1688, époque de construction de l’Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau.
Illustrée dans l’ouvrage de Philippe Palasi, « Plaques de cheminées héraldiques », Ed. Gourcuff Gradenigo, 2014.

Louis V Lepeletier, cousin de Louis-Michel Lepeletier, premier Martyr de la Révolution française :

La famille Lepeletier est divisée en plusieurs branches, l’une d’elle, a connu un partisan de la Révolution française : Louis-Michel Lepeletier, comte de Saint-Fargeau, premier Martyr de la Révolution française (1760 – 1793).

Le 16 mai 1789, il est élu député de la noblesse de Paris aux États généraux de 1789. D’abord hésitant sur le parti à suivre, il renie en juillet ses origines nobles et fait voter la suppression des titres de noblesse. Louis Michel Lepeletier, comte de Saint-Fargeau, ne signa plus que par Michel Lepeletier.
Bien que défenseur de l’abolition de la peine de mort, pour laquelle il prononce un célèbre discours devant l’Assemblée Nationale en mai 1791, il se ravise dès lors qu’il est question du sort de Louis XVI et vote pour son exécution le 20 janvier 1793.
Le soir même, lors d’un diner où est également présent Philippe Nicolas Maris de Pâris, fervent royaliste et ancien garde du corps de Louis XVI. Une altercation entre les deux hommes a lieu et Pâris transperce Lepeletier de son sabre. Mortellement blessé, Lepeletier est transporté chez son frère avant de rendre son dernier souffle quelques heures plus tard.

La récupération politique de l’événement ne tarde pas et Louis-Michel Lepeletier est traité en véritable « martyr de la Révolution ». Son corps est ainsi exposé pendant trois jours sur la Place Vendôme dans une grandiose mise en scène conçue par le peintre Jacques-Louis David avant d’être inhumé au Panthéon de Paris.

« Les Derniers moments de Michel Lepeletier », gravure de Tardieu d’après le tableau de Jacques-Louis David, dessin de Anatole Devosge. Le tableau est aujourd’hui disparu.

Jacques-Louis David représente le magistrat sur son lit de mort dans une grande toile intitulée « Les Derniers moments de Michel Lepeletier ». Conçu comme formant diptyque avec la toile de « La Mort de Marat » (décédé en juillet 1793), les deux toiles sont installées dans la Salle des Séances de la Convention Nationale jusqu’en 1795, date à laquelle David les récupère et les emporte à Bruxelles. Tandis que « La Mort de Marat » y est toujours conservée (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique), la toile de Michel Lepeletier est vendue par les descendants de David à sa fille, Louise Suzanne Lepeletier de Mortefontaine, royaliste convaincue.
Le tableau disparaît alors mystérieusement, détruit par Louise Suzanne ou caché dans les murs du Château de Saint-Fargeau.
L’académicien Jean d’Ormesson, descendant de Suzanne Lepeletier déclare ainsi : «La tradition familiale assure que Suzanne a dissimulé le tableau honni de David dans l’épaisseur des murs de Saint-Fargeau. On a fait venir des voyants, des sourciers, des chercheurs de tout poil : ces efforts n’ont rien donné. Au désespoir de mon père, le tableau de David a toujours gardé son secret, sans doute perdu à jamais, peut-être dans les formidables murs roses du château de Saint-Fargeau ».

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