Alfred Emmanuel Beurdeley, Exceptionnelle cheminée réalisée pour Cornelius II Vanderbilt

Marbre Sarrancolin, bronze doré et patiné

H. 247 cm; L. 1239 cm, P. 65 cm

Paris, circa 1893

Provenance : Cornelius Vanderbilt II


Cette cheminée en marbre Sarrancolin et ornée de bronzes dorés a été réalisée par Alfred Emmanuel Beurdeley (1847-1919) d'après un modèle créé par Pierre Contant d'Ivry (1698 – 1777) vers 1752-1753 pour le salon de la duchesse d'Orléans au Palais Royal et exécuté en bronze par François-Thomas Germain (1726 - 1791).

Gravure représentant la cheminée de Pierre Contant d'Ivry pour le salon de la duchesse d'Orléans au Palais Royal, vers 1752 - 1753


De style Louis XV, cette somptueuse cheminée en marbre sarrancolin présente, en plus de ses ornements rocailles en bronze doré, deux putti en bronze patiné assis dans les angles de son plateau tenant chacun dans leurs mains un candélabre à cinq bras de lumières jaillissant d'une corne d'abondance.



Notre cheminée à été présentée lors de l'Exposition Universelle de Chicago en 1893 sur le stand d'Alfred Emmanuel Beurdeley dont un chroniqueur de la Gazette des Beaux-Arts parla de la sorte : "Il nous serait difficile de ne pas parler (...) de la splendide exposition de M. Beurdeley qui a envoyé à Chicago un véritable musée. C'est avec intention que nous nous servons de ce mot, car tout ce qu'il expose est œuvre d'art". Dans sa liste non exhaustive des œuvres présentes se démarquant du reste de la production, il parle d'« une cheminée Louis XIV faite pour un richissime américain ».

Gravure publiée dans la Gazette des Beaux-Arts, 1894 reproduisant la cheminée exposée sur le stand Beurdeley à Chicago en 1893

Portrait de Cornelius Vanderbilt I (daguerréotype)


Ce richissime américain n'est autre que Cornelius Vanderbilt II (1843 – 1899), petit-fils du célèbre entrepreneur et homme d’affaires américain Cornelius Vanderbilt I (1794 – 1877) qui se consacra un temps au transport maritime avant d’être l’un des premiers à miser sur les chemins de fer. Issu d’un milieu modeste et doté d’une éducation limitée, celui que l’on appellerait bientôt « Le Commodore » usa de persévérance et ne manqua ni d’intelligence ni d’opportunisme pour devenir l’un des Américains les plus riches de l’histoire. Il est également connu pour avoir créé Grand Central, qui fut la gare centrale de Park Avenue à New York.

Son petit-fils, Cornelius Vanderbilt II, était le propriétaire de notre extraordinaire cheminée. Héritier de 70 millions de dollars de la part de son père et de 5 millions supplémentaires de la part de son grand-père – dont il était le petit-fils favori – Cornelius Vanderbilt II travailla pour la National Shoe and Leather Bank de New York. A l’âge de 42 ans, il succéda à son père à la tête de Grand Central et des lignes de chemin de fer connexes ; il devient également le chef de famille des Vanderbilt. Il participa à de nombreuses activités philanthropiques : la Youg Men’s Christian Association, la Croix Rouge, l’Armée du Salut, l’Église Saint Bartholomew, la Sunday Breakfast Association ou encore le Newport Country Club. Il épousa Alice Claypoole Gwynne et eurent sept enfants dont un mourut d’une maladie infantile et un autre de la fièvre typhoïde alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années. Un accident vasculaire cérébral survenu en 1896 le contraignit à réduire son implication dans les affaires. Il mourut d'une hémorragie cérébrale le 12 septembre 1899, à New York.

John Singer Sargent, Cornelius Vanderbilt II,
1890, huile sur toile, 76,2 x 58,4 cm, coll. part.

Sa demeure, construite en 1883 sur la 57ème rue et détruite après sa vente en 1926, est connue pour être la plus grande résidence privée jamais construite à New York City. Par son extraordinaire architecture et ses intérieurs somptueux, la résidence Vanderbilt offrait une parfaite illustration du Gilded Age (« Âge d’Or ») américain. La fin du XIXe siècle était en effet marquée par l’émergence de ces grandes fortunes industrielles amassées par des hommes d’affaires qui furent néanmoins à l’origine de nombreuses œuvres philanthropiques et de collections artistiques admirables. Le manoir Vanderbilt, véritable château de style Néo-Renaissance français, était le fruit de collaborations artistiques inégalées. Situé au coin nord-ouest de la 57e rue, il se développa à partir des vestiges de trois bâtiments en brownstone (grès rouge) acquis par Cornelius Vanderbilt I en 1877.

Photographie du Manoir Vanderbilt,
au coin nord-ouest de la Cinquième Avenue et de la 57e rue à New York.

La première phase de construction fut achevée en 1882 tandis qu’une importante phase de rénovation initiée au début des années 1890 permit d’augmenter la taille de la résidence, lui faisant dépasser les 130 pièces. Les travaux de rénovation des intérieurs égalèrent ceux de l’extérieur : Vanderbilt n’hésita pas à commander des dessins aux plus grandes entreprises américaines et parisiennes de l’époque. Louis Comfort Tiffany réalisa pour lui un fumoir mauresque, Jules Allard eut en charge la construction du Petit Salon et son compatriote parisien Gilbert Cuel le splendide Grand Salon où fut installée notre cheminée.

Photographie du Grand Salon dans lequel était installé la cheminée.

 

Il fit également appel à l’un des plus importants ébénistes parisiens de l’époque, Afred Emmanuel Beurdeley (1847-1919) pour la réalisation de notre cheminée et celle de meubles d’après des modèles anciens issus du Mobilier National dont il se fit une spécialité.

 

La famille Beurdeley constitue l’une des plus importantes dynasties de fabricants de meubles du XIXe siècle et s’étend sur trois générations. Alfred Emmanuel Louis Beurdeley était le fils de Louis Auguste Alfred (1808 – 1882), ainsi que son collaborateur puis son successeur à partir de 1875. Il conserva le magasin au coin de la rue Louis-le-Grand et du boulevard des Italiens, le fameux Pavillon de Hanovre et avait ses ateliers 20 et 24 rue Dautancourt. Bien qu’il se spécialisa dans la fabrication de meubles de luxe copiés sur des modèles anciens, il réalisa aussi quelques meubles originaux.
Il participa à l’Exposition Universelle de 1878 où il reçut une médaille d’or et, d’après le rapport, « il maintient la haute renommée de la maison fondée par son père. Il a su lui donner un nouvel éclat par son esprit d’initiative, son goût éclairé… » Il est par la suite, fait Chevalier de la légion d’honneur grâce à sa participation à celle d’Amsterdam en 1883.

 

Il exerça jusqu’en 1895 environ puis liquida son entreprise et vendit ses collections constituées de plus de 2000 pièces.

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